Si vous
étiez enfants d'Abraham, vous feriez les oeuvres d'Abraham.
Matthieu
8.39.
Il est étonnant que l’Eglise catholique
ne se pose pas de sérieuses questions à propos de son déclin. Tant de désaffection,
tant de bêtise, tant de scandales de pédophilie, tant de tiédeur devraient
faire réfléchir. « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec
quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors, et foulé aux
pieds par les hommes. » les avait avertis
Jésus en personne. Alors, s’ils n’ont pas pris garde à l’avertissement de
Jésus, ce n’est sûrement pas au mien qu’ils prêteront l’oreille. Mais il faut
parler, malgré tout, pour ceux à qui ces réflexions pourraient être utiles.
Si Satan a tellement de clients ces
temps-ci, c’est pour plusieurs raisons, mais il en est une qui me semble
fondamentale. Ce n’est pas le hard rock, ce n’est pas la société de
consommation ou la libération de mœurs, ce n’est pas le New Age, ni Dan Brown,
ce ne sont pas les « sagesses orientales », Karl Marx ou Che Guevara qu’il faut accuser. Le christianisme véritable
doit se demander pourquoi il ne déclenche plus de vocations, bref pourquoi les
hommes n’arrivent plus à Jésus à travers la publicité qu’en font ses prêtres.
A mon avis, la raison principale du déclin du christianisme
tient de l’occultation d’un aspect essentiel de sa doctrine par l’Eglise
d’aujourd’hui. Quel est cet aspect essentiel ? C’est celui-là même qui
rendait le christianisme scandaleux aux yeux des Hébreux, aux yeux des Grecs
anciens, et de Romains de l’Empire. C’est celui qui a valu au Christ d’être
crucifié, et aux martyrs d’être massacrés pendant des siècles : le Christ a aboli la distance
entre l’Homme et Dieu, il a fait de nous de véritables enfants de Dieu.
Le Christ a été crucifié parce que ses
contemporains ne supportaient pas qu’il dise « Tes péchés sont
pardonnés », parce qu’ainsi il se faisait l’égal de Dieu, qui était selon
eux le seul a avoir le droit de pardonner (Matthieu 9.3). Le Christ fait de
tous ceux qui croient en lui, et font comme lui, de véritables enfants de Dieu. Il faut
prendre cela très au sérieux, pas du tout comme une métaphore ! Tous les véritables chrétiens
sont de véritables enfants de Dieu. C’est là le véritable mystère du
christianisme, bien plus merveilleux et plus dangereux que celui du Da Vinci
Code ! C’est cela le rôle de la communion : en mangeant le corps du
Christ et en buvant son sang, nous devenons comme lui. Là encore, ce n’est pas
une métaphore !
Pourquoi les véritables chrétiens sont de véritables enfants
de Dieu ? Parce qu’ils agissent comme Dieu envers leurs prochain !
« Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous
maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui
vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père
qui est dans les cieux; car il fait lever son
soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et
sur les injustes. » (Matthieu 5.44-5)
Agir comme Dieu, c’est faire lever le soleil de son amour à
la fois sur les hommes méchants et sur les hommes bons ! Peu nombreux sont
ceux qui souhaitent véritablement le faire, et parmi ceux-là, peu nombreux sont
ceux qui arrivent véritablement à le faire. Mais ceux qui y arrivent sont
enfants de Dieu. Y arrivent-ils parce qu’ils sont fondamentalement différents
des autres, parce qu’ils auraient un « gène divin » ?
Réussissent-ils parce qu’ils ne seraient pas violents et portés au crime comme
tous les autres hommes ? Bien au contraire, ils sont du même tonneau que
tous les hommes, et ils accomplissent même le plus abominable des crimes : ne
mangent-ils pas le corps d’un homme et ne boivent-ils pas son sang ? Etre chrétien, c’est être
d’abord cannibale.
En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne
mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'avez
point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et
qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour.
Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang
est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma
chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. Comme le Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par le
Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. (Jean 6.53-7)
Le Christ se sacrifie, s’offre et se laisse manger par tous
ceux qui le souhaitent. Il imite ainsi Dieu, qui n’oppose pas de résistance au
méchant, et se donne en exemple à ceux-là même qui le mangent, auxquels il
s’offre par amour. Car il n'y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15.13) Etre chrétien, c’est manger le Christ et se
laisser manger par ceux que l’on aime. Ceux qui ne veulent pas manger le
Christ finissent par manger un autre homme : le premier bouc émissaire
venu. Et ceux qui ne se laissent pas manger par ceux qu’ils aiment, ceux qui ne
donnent pas leur vie pour sauver celle des autres, ceux-là ne les aiment pas
totalement.
Etre chrétien, c’est d’une part être coupable de cannibalisme,
mais en être absous, parce que celui qui nous donne sa chair et son sang à
manger le fait volontairement. D’autre part, c’est faire la même chose que
Lui : être prêt à donner sa vie pour sauver celle de ceux que l’on aime,
nourrir les autres avec sa chair et son sang. Quand Dieu nous pardonne, il se
laisse manger par nous, quand nous pardonnons, nous nous laissons manger par
ceux qui nous ont offensés.
C’est cela être chrétien, dans toute sa grandeur terrible et
merveilleuse. Les autres hommes ne sont pas pour autant injustes ou maudits. Il
n’est pas injuste de ne pas vouloir donner sa vie pour ceux que l’on aime, mais
cela ne témoigne pas de la même grandeur d’âme. Il n’est pas injuste de ne pas
pardonner et d’exiger réparation pour une offense, un vol ou un crime. Mais ce
n’est pas aussi noble que de pardonner. Il n’est pas injuste de ne chercher
qu’à vivre honnêtement sa vie. Aucun chrétien véritable ne doit regarder de haut les autres hommes
Vous savez que les chefs des nations les
tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n'en
sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous,
qu'il soit votre serviteur; et quiconque veut
être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être
servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.
(Matthieu 25-6)
Voilà le mystère scandaleux du christianisme ! Tous les
véritables chrétiens sont d’héroïques enfants de Dieu ! Mais l’Eglise a
occulté cela, et a introduit une différence entre Jésus et les autres hommes.
Alors que Jésus n’a eu de cesse de rapprocher Dieu des hommes à travers son
enseignement et son exemple, l’Eglise n’a de cesse de séparer Jésus des hommes,
et d’éloigner ainsi Dieu. L’Eglise a oublié de
rappeler la grandeur terrible d’être chrétien ! Alors qu’elle n’a eu de
cesse de rappeler la divinité du Christ, elle a omis de parler de ce qui en
découle : la divinité de tout chrétien ! Si Dieu s’est fait homme
dans le Christ, c’est pour que tous ceux qui imitent le Christ soient
divins !
J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m'as
donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, et tu me les as donnés; et ils
ont gardé ta parole. Maintenant ils ont connu que tout
ce que tu m'as donné vient de toi. Car je leur
ai donné les paroles que tu m'as données; et ils les ont reçues, et ils ont
vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m'as envoyé.
C'est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le
monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi; - et tout
ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi; -et je suis glorifié en eux. (Jean 17 6-10)
C’était là cette « saveur du sel » que les prêtres
du Christ ont perdu, et qui fait qu’ils sont aujourd’hui « foulés aux
pieds par les hommes ». Car l’essentiel de la Bonne Nouvelle du Christ
était dans ce message que tous ceux qui l’imitent sont des enfants de Dieu.
Sans cela, le christianisme n’est qu’une plate morale rébarbative, un
enchevêtrement de rites confus, un mélange de sous-marxisme
et de sous-psychanalyse.
Car tous les hommes sont animés par un désir d’élévation, tous les hommes souhaitent
devenir Dieu ! Si les « philosophies orientales » ont
tant de prise aujourd’hui, c’est qu’elles répondent à cet ardent désir de
l’homme de se rapprocher de Dieu ! Si le marxisme a pu devenir une
quasi-religion, c’est aussi parce qu’il semblait proposer une voie héroïque de
rapprochement d’un idéal de justice ! Les hommes veulent lutter contre le
mal ! C’est pourquoi ils le commettent si souvent !
Le christianisme a perdu sa saveur parce qu’il ne sait plus
voir qu’il est une voie, sinon LA VOIE, pour devenir comme Dieu. En insistant
sur le fait que l’homme serait une « créature », on a oublié que
l’homme est fait « à l’image de Dieu ». Il n’est pas du tout
satanique de souhaiter devenir comme Dieu. Ce qui est satanique, c’est de
souhaiter usurper la place de Dieu. Mais Dieu offre son trône à tous ceux qui
l’imitent fidèlement. « Si
nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et
cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d'être
glorifiés avec lui. » (Epître aux Romains 8.17)
Le satanisme et toutes les doctrines qui s’en rapprochent,
prétendent que l’homme serait le jouet d’un Dieu injuste, jaloux de sa Toute-Puissance, qu’il ne voudrait aucunement partager et
qu’il faudrait lui arracher de haute lutte. C’est au sentiment de injustice et
au souhait sincère d’élévation spirituelle que le satanisme s’adresse, et c’est
pour cela qu’il séduit : Satan paraît le libérateur d’un joug injuste et hypocrite. Mais
la vision de Dieu et du christianisme par rapport à laquelle il se place est
tout simplement fausse, comme je l’ai longuement expliqué.
Si l’Eglise voulait couper l’herbe sous les pieds à toutes
les doctrines « libératrices », elle devrait se souvenir de son
enseignement fondamental : Dieu nous appelle à monter avec lui sur son trône ! En
passant soit dit : c’est exactement ce que Satan ne supporte pas !
C’est la raison pour laquelle il en veut aux hommes : il est jaloux du
statut que Dieu leur a donné à travers le Christ, alors qu’il était le premier
de anges.
Inversement, plus l’Eglise insiste sur « la distance
infinie entre la créature et le Créateur », plus elle décourage les hommes
à imiter le Christ et à se rapprocher de Dieu. Ainsi, plus elle humilie
l’homme, plus elle fait le jeu de Satan. Plus elle occulte la divinité que le
Christ octroie à ses imitateurs, plus elle les rend fragiles aux attaques
démoniaques.
Chacun d’entre nous, sans Eglise et sans institution, peut
s’engager sur la voie qui mène au Royaume de Dieu qui est en nous. Il s’agit d’aimer son prochain comme
soi-même, et de pardonner ses fautes. Le pardon est la manière d’agir
divine qui est à la portée de chacun, dans chaque circonstance de la vie.
Chaque fois que nous pardonnons véritablement, nous officions une messe, où
nous sommes à la fois le sacrificateur et le sacrifié. Pas besoin de fastes ou
d’édifices particuliers, celui qui renonce à ce qu’il est en droit d’exiger
comme réparation, agir divinement et se fait enfant de Dieu. Si quelqu’un le
méprise pour cela, qu’il se rappelle que Jésus a dit : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont
persécuté, ils vous persécuteront aussi; s'ils ont gardé ma parole, ils
garderont aussi la vôtre. (Jean 15.20)