LA
DOCTRINE DE L’EXORCISME
SA
CONFUSION DANS L’ÉGLISE
INTRODUCTION
Le 26 Janvier 1999, le Cardinal Medina Estevez, préfet de la Congrégation pour le culte divin, a
présenté à la presse le
nouveau Rituel des exorcismes. Ce texte a été publié seulement en latin
et les épiscopats nationaux devront se charger de sa traduction. Des journaux
et des revues ont fait écho à ce Rituel et en ont indiqué les points les plus
importants, sur lesquels il importe de faire quelques commentaires
théologiques. Il y a notamment un communiqué de l’Agence France-Presse, auquel
nous ferons surtout référence.
JUSTIFICATION DE LA PRÉSENTE INTERVENTION
La présente intervention est basée sur l’esprit d’ouverture accordée au
théologien par l’Instruction publiée par la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi, les 24 mi 1990, sur la vocation du théologien. En effet, au
sujet de « l’enseignement du Magistère en matière de foi non
réformable », l’Instruction admet qu’ « il peut arriver que le
théologien se pose des questions portant, selon les cas, sur l’opportunité, sur
la forme et même sur le CONTENU de l’intervention du Magistère ». (N.24)
Et un peu plus loin, l’Instruction parle d’une application particulière dans LE
CAS DU THÉOLOGIEN QUI AURAIT DE
SÉRIEUSES DIFFICULTÉS À ACCUEILLIR, POUR DES RAISONS QUI PARAISSENT
FONDÉES, UN ENSEIGNEMENT MAGISTÉRIEL NON IRRÉFORMABLE ». (N.28)
LE
PROBLÈME DE L’EXORCISME
Les Églises orthodoxes
et certaines confessions protestantes ont conservé bien vivante la pratique des
exorcismes. Mais dans l’Église catholique, la mentalité qui prévaut est
résumée dans le Droit canonique en ces termes : « Personne ne peut
légitimement prononcer des exorcismes sur les possédés, à moins d’avoir obtenu
de l’Ordinaire du lieu une permission particulière et expresse ». (Can.
1172, §1) C’était reprendre, en substance, ce que l’ancien code avait
lui-même stipulé. (Can. 1151)
Dans l’interprétation du canon 1172, la confusion est presque généralisée.
Cependant, le Catéchisme de l’Église catholique semble y avoir apporté
une timide clarification, lorsqu’il indique que « l’exorcisme SOLENNEL, appelé ‘grand
exorcisme’, ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de
l’évêque ». (N. 1673) Avant de parler de l’exorcisme solennel,
il parle d’un format « simple » de l’exorcisme, qui « est
pratiqué lors de la célébration du baptême ».
En considérant que le Catéchisme parlait d’exorcisme « solennel », on
aurait pu penser qu’il voulait se référer à la terminologie utilisée par les
théologiens, qui distinguent entre exorcisme solennel et exorcisme privé.
Mais le texte du Catéchisme demeure très ambigu et il est nécessaire d’y
apporter quelques commentaires. Pour ce faire, il faut bien distinguer les différentes espèces
d’exorcismes.
DÉFINITION
ET ESPÈCES DE L’EXORCISME
L’exorcisme est l’invocation faite au nom de Dieu, afin d’éloigner le démon
d’une personne, d’un animal, d’un lieu ou d’une chose. L’exorcisme peut
être privé ou public, et ce dernier
peut être simple ou
solennel.
1) L’exorcisme est PRIVÉ,
lorsqu’il est pratiqué par un prêtre ou par un simple fidèle, selon le pouvoir et le droit
d’exercer ce pouvoir, sans aucune autorisation, conformément à la collation de
ce pouvoir par le Christ lui-même : « Voici les miracles qui
accompagneront ceux QUI AURONT CRU : PAR MON NOM, ILS CHASSERONT LES
DÉMONS ». (Marc 16.17)
2) L’exorcisme est PUBLIC,
lorsqu’il est pratiqué AU
NOM DE L’ÉGLISE, par une personne habilitée,
conformément aux rites déterminés. a) L’exorcisme public est SIMPLE,
lorsqu’il dépend d’autres rites, comme le catéchuménat et le baptême. b)
L’exorcisme public est SOLENNEL, lorsqu’il est pratiqué AU NOM DE L’ÉGLISE, et pour cette raison, il est pratiqué par un prêtre
et avec autorisation de l’évêque. En conséquence, le canon 1172, §1, avec
ses restrictions, doit s’appliquer seulement à l’exorcisme solennel ;
c’est ce qui sera prouvé, sans équivoque, dans les arguments qui vont
suivre !...
Ce dernier canon est l’objet de très graves confusions dans l’Église, même en hauts lieux ( !),
si bien qu’on interdit tous les exorcismes qui ne sont pas solennels !... Ainsi,
on interdit à presque tous les fidèles de lutter contre le démon, par le moyen
spécifique que le Christ a octroyé non seulement aux apôtres, mais aussi
à TOUS LES CROYANTS, et ce moyen spécifique, c'est l’EXORCISME
! ...
Cette interprétation du canon 1172, §1 se retrouve notamment dans la
lettre que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi adressait à tous les
évêques du monde entier, le 29 septembre 1985, ainsi que dans la présentation
du nouveau rite de l’exorcisme, que faisait le Préfet de la Congrégation pour
le Culte divin, le 26 janvier dernier.
POUVOIR
D’EXORCISME CONFÉRÉ AUX APÔTRES ET À TOUS LES
CROYANTS
Le pouvoir de chasser les démons a été conféré par le Christ d’abord aux
APÔTRES, comme nous l’indique l’Évangile : « Ayant appelé ses douze
disciples, il leur donna autorité sur les « esprits impurs, avec pouvoir de les
expulser ». (Matthieu 10.1.)
Mais ce que l’on ignore presque toujours et que, souvent, on s’obstine à
vouloir ignorer, c'est que ce
même pouvoir a été octroyé A TOUS LES CROYANTS par Jésus lui-même
: « Et voici les miracles qui accompagneront CEUX QUI AURONT CRU : PAR MON
NOM, ILS CHASSERONT LES DÉMONS ».(Matthieu 16.17)
Le problème fondamental des exorcismes réside
certainement dans le fait que, dans l’Église à tous les paliers, on admet
rarement que le Christ ait réellement octroyé à tous les croyants le pouvoir de
chasser les démons, comme nous l’indiquent très clairement les paroles du
Christ qui viennent d’être citées !...
Le ministère de l’exorcisme confié par Jésus à tous les croyants est moins un
charisme qu’un signe de la
foi. Il ne dépend pas de titres ecclésiastiques ou d’aptitudes
particulières, ni de quelque chose qui soit extérieur à nous, mais de ce que nous
sommes par la grâce de Dieu. C'est pourquoi des personnes d’humble condition
peuvent voir ce signe résulter de leur foi, alors que d’autres plus douées
pourraient s’interroger devant l’insuccès de leurs tentatives de chasser le
démon.
Par sa Passion, le Christ a terrassé tous ses ennemis, et il a donné à l’Église
de participer à ce pouvoir dominateur. L’Église a
conscience de la puissance et de la haine de l’adversaire infernal. Elle
connaît aussi sa propre puissance sur le démon : « Les portes de l’enfer
ne tiendront pas contre elle », disait Notre-Seigneur.
(Mt 16.18) Ne disait-il pas encore aux 72 disciples : « Aussi bien vous
ai-je donné le pouvoir de
fouler aux pieds serpents, scorpions, et toute puissance de l’Ennemi, et
rien ne pourra vous nuire ». (Luc 10.19)
Mais chaque chrétien est membre de Christ et il participe à son pouvoir ; en
tant que baptisé et confirmé, il a part au Sacerdoce royal du Christ. A ce titre et selon
la mesure de son union au Christ par la foi et la charité, il n’échappe pas
seulement aux emprises du Mauvais, au moins partiellement, mais il est aussi
habilité à le combattre, à faire reculer son empire ; il est médiateur de sa
défaite.
LES
EXORCISMES ET L’ÉGLISE PRIMITIVE
Quand on lit les Pères de l’Église, on constate, avec l’évidence la plus
absolue, que ces Pères n’ont pas falsifié, encore moins contredit directement,
le pouvoir RÉEL de chasser les démons, que le Christ a conféré à TOUS LES
CROYANTS !... En effet, dans l’Église primitive, l’exorcisme chrétien
acquit rapidement un important prestige, car il délivrait même les païens qui
en faisaient la demande. Tout chrétien était vraiment habilité à exercer cette fonction. Ce
rite était vraiment transparent au temps du Christ et librement exercé. Ce fut
alors un ministère spécifique, un des signes les plus marquants du Royaume !...
Le pouvoir de chasser les démons était courant et public dans les premiers
siècles, alors que TOUS LES CHRÉTIENS, CLERCS ET LAÏCS, réussissaient à chasser
les démons. Nombreux sont les témoignages contemporains à ce sujet, et ils nous
indiquent que ce fait servait même aux apologistes comme argument de la
divinité de Jésus et du christianisme.
Ainsi, Tertullien
attire souvent l’attention des païens sur ce fait, et il leur lance même ce
défi : « Qu’on amène ici, en présence de vos tribunaux, quelqu’un qui soit
certainement tourmenté par le démon. Sur l’ordre qui lui en sera donné par un
CHRÉTIEN QUELCONQUE, cet esprit se proclamera démon en toute vérité, comme
ailleurs il se déclare faussement Dieu ». (P.L.
1, 410)
Dans le même sens, saint
Justin écrivait ce qui suit : « Vous pouvez comprendre ce que je
vous dis, par les faits mêmes qui se produisent devant vos yeux En effet, un
grand nombre d’hommes, saisis par le démon, dans le monde entier et ici dans
votre ville même, que d’autres adjurateurs et
enchanteurs n’ont pu guérir, BEAUCOUP DES NÔTRES, JE VEUX DIRE DES CHRÉTIENS,
les ont adjurés par le nom de Jésus-Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et les
ont guéris, et les guérissent encore maintenant, désarmant et chassant les
démons qui les possèdent ». (P.G. 6, 453B) On
pourrait ajouter les témoignages de Lactance (P.L. 4,
334), de saint Hilaire (P.L. 10, 40lB) de Firmicus Maternus (P.L. 12, 1013-1014), de saint Théophile d’Antioche (P.G. 6, 1061B).
Les Pères de l’Église ont une grande confiance dans l’argument qu’ils tirent du
pouvoir qu’ont les FIDÈLES de délivrer les possédés par le seul nom de
Jésus-Christ. D’autre part, de nombreux païens se sont convertis à la vue de
ces prodiges. Sur ce point, on peut se reporter à saint Cyprien (P.L. 6, 555), à saint Athanase (P.G.
25, 181), à Munucius Félix (P.L.
3, 323-327), à saint Jérôme (P.L. 23, 348C), à saint
Ambroise (P.L. 16, 1024A).
Terminons en rappelant ce texte très probant d’Origène, qui parle de « ces démons que LA PLUPART DES CHRÉTIENS
expulsent des énergumènes, et cela sans le secours de vaines pratiques magiques
ou d’incantations, par des prières seulement et par de simples adjurations,
DONT L’HOMME LE MOINS CULTIVÉ EST CAPABLE. De fait,
ce sont des IGNORANTS, le plus souvent, qui font cela ». (P.G. 11,
1425-1426)
L’ENSEIGNEMENT COMMUN DES THÉOLOGIENS
Les remèdes contre les
influences diaboliques sont la prière, la pénitence, les sacrements, les
sacramentaux et les exorcismes. L’Église a même
institué l’ordre des exorcistes, qui était régulièrement conféré aux aspirants
à la prêtrise. Ici, il faut distinguer l’exorcisme SOLENNEL et l’exorcisme PRIVÉ ! ...
L’exorcisme SOLENNEL doit se faire, généralement
du moins, dans une église ou une chapelle ; les prêtres seuls peuvent
l’entreprendre avec une permission particulière de l’évêque du lieu. Par
ailleurs, lorsqu’il s’agit de l’exorcisme PRIVE, il est toujours permis, même
aux laïcs. Ces derniers peuvent utiliser alors les prières du Rituel romain or,
des formules abrégées, mais ils doivent parler en leur nom propre, non pas au
nom de l’Église.
Cette distinction est commune
chez les théologiens, mais elle est relativement peu connue. Ainsi, en se
basant sur les moralistes Ballerini et Lehmkuhl, le père Aug. Main, S.J. a écrit ce qui suit : « Les exorcismes peuvent
être solennels ou privés. Les premiers sont ceux qu’on fait publiquement, dans
l’église, en habit de chœur. Les prêtres seuls peuvent l’entreprendre ; il
leur faut généralement la permission de l’évêque. L’exorcisme PRIVÉ EST TOUJOURS PERMIS, MÊME AUX LAÏCS,
mis ceux-ci doivent parler en leur propre nom et pas au nom de l’Église. La
forme n’est pas fixée ». (Des grâces d’oraison, Paris, Beauchesne, 1931, p.450)
Dans son manuel de théologie
morale, Dominique Prummer a écrit : « Non seulement les clercs, qui ont le pouvoir
des ordres, mais aussi les LAÏCS peuvent pratiquer l’exorcisme d’une façon
privée et secrète ». (Manuale theologiae moralis, Barcelona, Herder,
1945, p.384)
Un autre moraliste réputé, H.
Noldin, a écrit : « L’exorcisme PRIVÉ [...] peut être exécuté
PAR TOUS LES FIDÈLES. [... ] L’efficacité de cet exorcisme ne dérive pas de
l’autorité ou des prières de l’Église, ni n’est réalisé au nom de l’Église,
mais par la puissance du nom de Dieu et de Jésus-Christ. » (Summa theologiae moralis,
Innsbruck, t.3, q.53, p.42)
Sur le même sujet, on peut se
reporter aux auteurs suivants : Saint Alphonse de Liguori,
Praxis confessarii, parag.113. A. Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique,
Paris, Desclée & Cie, 1928, p.965. R. Garrigou-Lagrange,
O.P., Les trois âges de la vie intérieures,
Paris, Ed. du Cerf, 1938, t.2, p.811. B. H. Merkelbach, 0.P., Summa
theologiae moralis, Desclée de Brouwer, 1939, p.706. H. Noldin recommande aux
prêtres de recourir fréquemment à l’exorcisme privé, op. cit.,
p.43.
D’après les paroles mêmes de
Jésus conférant à tous les croyants le pouvoir de chasser les démons (Marc
16.17), selon les enseignements communs des Pères de l’Église et des
théologiens, il ressort très clairement que les LAÏCS peuvent faire des
exorcismes PRIVÉS, sans doute avec la prudence et la discrétion qui
s’imposent !... Ce pouvoir octroyé à tous les CROYANTS conserve
toute sa valeur de légitimité et toutes les interdictions ne peuvent être
qu’abusives et invalides !... C'est un pouvoir fondé sur la foi et la
prière. Il convient de remarquer que, parmi les pouvoirs concédés à tous les
croyants, l’exorcisme est mentionné en premier lieu. Cette fonction établie par
le Christ est imprescriptible
et elle jouit de la pérennité !...
C'EST UNE HÉRÉSIE DE NIER LE
POUVOIR D’EXORCISME POUR LES SIMPLES FIDÈLES
Les directives officielles
des autorités ecclésiales ne tiennent aucun compte des enseignements des Pères
de l’Église et des théologiens, et encore moins du pouvoir donné explicitement
A TOUS LES CROYANTS par le Christ lui-même !... Malheureusement, au nom de la
théologie la plus authentique, il faut qualifier une telle attitude comme
étant hérétique
!...
En effet, c'est une hérésie de
contredire des paroles formelles du Christ !... Malheureusement, la grande
majorité des membres du clergé, à tons les paliers, ignorent qu’il y a deux
espèces de dogmes : les vérités DE FOI CATHOLIQUE, qui ont été définies par le
Magistère, et les vérités DE FOI DIVINE, qui sont clairement et explicitement
exprimées dans l’Écriture Sainte. Or, les paroles de l’Évangile, par lesquelles
le Christ octroie A TOUS LES CROYANTS le pouvoir de
chasser les démons, constituent une vérité DE FOI DIVINE et, en conséquence,
c'est une hérésie de contredire ces paroles du Christ ! ...
Comme il s’agit d’un pouvoir
que le Christ lui-même a accordé à tous les croyants, absolument personne ne peut le contredire,
même pas le Magistère actuel de l’Église ! ... En effet, la Constitution de
Vatican II sur la Révélation divine rappelle que « la charge d’interpréter
authentiquement la parole de Dieu écrite ou transmise a été confiée au seul
Magistère vivant de l’Église, dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ ».
Cependant la même Constitution ajoute ce qui suit : « CE MAGISTÈRE N’EST PAS AU-DESSUS DE LA PAROLE DE
DIEU ; il la sert, n’enseignant que ce qui a été transmis, puisque, en vertu de
l’ordre divin et de l’assistance du Saint-Esprit, il
l’écoute pieusement, la garde religieusement, l’explique fidèlement ».
(N-10)
THÉOLOGIE
ET DROIT CANONIQUE
Il convient de remarquer que,
dans trois volumes importants publiés dans les dernières années, par des
auteurs très connus, sur le démon et les exorcismes, absolument aucune mention
n’est faite de l’enseignement des théologiens !..- On voit aussi que les
dicastères romains n’en tiennent aucun compte dans leurs directives, établies
le plus souvent par des canonistes qui sont, – faut-il l’admettre –, de piètres
théologiens !... En effet, les canonistes tombent parfois dans l’erreur, à
cause de l’ignorance de certains principes théologiques, ignorance due à une
attention trop exclusive à leur spécialité !...
Il est nécessaire aussi de rappeler que la théologie est une science supérieure
par rapport au Droit canonique qui, lui, en est dépendant, en ce sens
qu’il est constitué par l’exposé
LÉGAL de certains principes théologiques ; il doit donc s’élaborer
d’après les principes mêmes de la théologie !... Dans le Droit canonique,
tout ce qui pourrait être contraire aux principes de la théologie comme telle
doit être considéré comme étant erroné !...
C’est le cas de l’interprétation fausse que l’on fait du can. 1172, §1,
qui s’applique SEULEMENT à l’exorcisme SOLENNEL, précisément parce que ce genre
d’exorcisme est pratiqué au non de l’Église ! ... Il faut affirmer que
toute extrapolation d’interdiction de ce canon à l’exorcisme PRIVÉ est abusive
et invalide et, – faut-il le dire -, de caractère hérétique !...
Sans doute, tous ceux qui, jusqu’ici, sont tombés dans cette erreur ne
deviennent pas immédiatement et automatiquement hérétiques, à la condition
qu’ils acceptent d’examiner sérieusement et honnêtement le problème en vue de
quitter leur erreur. En effet, l’hérésie suppose l’obstination à nier une
vérité dogmatique, qu’il s’agisse évidemment d’une vérité DE FOI DIVINE, comme
l’est la collation à tous les croyants du pouvoir de chasser les démons ou
d’une vérité DE FOI CATHOLIQUE, comme l’est tout dogme défini par le Magistère
de l’Église, et le Droit canonique stipule que l’hérétique encourt une
excommunication « latae sententiae »
(Can. 1364, §1)
L’abolition presque totale des exorcismes dans l’Église est tout à fait contraire
à l’Évangile ; une telle interdiction sert directement la cause des démons !... Comme preuve de ce
désastre moral, on peut citer la lettre que le Cardinal Ratzinger, devenu
depuis le pape Benoît XVI, envoyait à tous les évêques du monde entier, le 29
septembre 1985, par laquelle il interdisait tous les exorcismes, sauf ceux qui
sont pratiqués par des prêtres autorisés par les évêques, alors que ce genre
d’exorcismes est presque inexistant dans l’Église entière...
Il interdisait – et malheureusement il ne fut
pas le seul à agir ainsi ! ... –, l’usage de la prière d’exorcisme rédigée par
le pape Léon XIII : une telle interdiction ne fut certainement pas inspirée par
l’Esprit-Saint !... N’est-il pas loisible de penser
que les autorités religieuses sont un peu comme les mauvais anges :
lorsqu’elles se trompent, leur
erreur devient irréversible :... « Flens
dico » !... (Phil. 3.18) Malheureusement, pour les autorités
religieuses prévaut souvent l’adage suivant : « Les supérieurs ont
toujours raison d’avoir tort, tandis que les inférieurs ont toujours tort
d’avoir raison » !... Dans l’Église de Dieu, il devrait suffire de se
protéger contre les loups, mais parfois ne faut-il pas se protéger aussi contre
les bergers ?...
Pour vaincre le démon, l’exorcisme est l’arme spécifique et souvent
victorieuse. Les exorcismes ne sont pas réservés à des spécialistes seulement ;
sans doute, une certaine préparation est requise, mais la tradition biblique
n’a jamais mis en évidence une
technique des exorcismes. En effet, lorsque Jésus a transmis aux Apôtres
et à tous les « croyants » le pouvoir de chasser les démons, il n’a
pas ajouté de conseils invitant à la prudence, à l’analyse des situations
diverses, à l’usage des techniques, au recours aux psychologues ! ... Son mandat
fut direct et concret : « Voici
les miracles qui accompagneront CEUX QUI AURONT CRU :
EN MON NOM, ILS CHASSERONT LES DÉMONS »
!... (Marc 16.17)
JÉSUS
FAVORISAIT LES EXORCISMES
Les autorités de l’Église interdisent
presque totalement la pratique des exorcismes. Il ne faudrait pas oublier ici
l’avertissement que Jésus adressait à ses disciples, qui n’acceptaient pas le
ministère d’un homme chassant les démons au nom du Christ, sans faire partie de
l’équipe des douze. En effet, Jésus leur dit : « Ne l’empêchez pas ; qui n’est pas contre
vous est pour vous ». (Luc 9.50)
Celui qui chassait les démons au nom de Jésus le faisait avec succès, ce qui prouve
la puissance du nom de Jésus sur les démons. Les disciples voulaient interdire
à cet homme d’user du nom de leur Maître. La raison de cette intervention
était que l’exorciste ne faisait pas partie de leur groupe : cela paraissait
être un emploi abusif du nom de Jésus et capable de diminuer l’autorité des
véritables disciples aux yeux de la foule.
Jésus fut moins intransigeant que ses disciples. Il ne voulut pas qu’on
empêchât cet homme de continuer ses exorcismes. Il eut été dommage que cette
leçon ne fût pas parvenue jusqu’à nous ! ... En effet, dans l’Église actuelle,
on fait des défenses absolument abusives et injustes !... Si actuellement Jésus
revenait en personne dans l’Église, il dirait certainement au Magistère :
« N’empêchez pas vos
fidèles de chasser les démons : c'est Moi qui leur en ai donné le pouvoir ; ne
contredisez mon enseignement » !...
Il importe grandement que l’Église retrouve le plein emploi des moyens que le
Christ lui a donnés pour mener le combat spirituel contre le démon !...
IL Y
A FAUTE MORTELLE A S’OPPOSER AUX EXORCISMES
Sans doute, il ne faut pas voir le démon partout ni pratiquer les exorcismes ou
les prières de libération
à la légère ! ... Néanmoins, la théologie, qui a un rôle éminent à jouer dans
l’Église, considère comme une faute, pour ceux qui ont charge d’âmes, de ne pas
secourir une personne soumise à l’action du démon.
A ce sujet, Mgr Auguste Saudreau, qui est un auteur
de grande valeur en spiritualité, a écrit : « Les théologiens, qui ont traité ces
questions ‘ex professo’, déclarent qu’IL Y A FAUTE
MORTELLE pour celui qui a charge d’âmes à ne pas exorciser ceux qui sont
possédés. Il est évident qu’IL Y AURAIT FAUTE
MORTELLE À S’OPPOSER AUX EXORCISMES ET À EMPÊCHER QU’ON PORTE SECOURS à de pauvres ÊTRES qui ont à subir une
épreuve spirituelle et corporelle aussi terrible ». (L’état mystique et les faits extraordinaires de la vie
spirituelle, ch. 22, Éditions Brunet Arras) Les autorités religieuses ont
le devoir grave de tenir compte de cette affirmation théologique, qui n’est
pas une simple opinion plus ou moins probable (!), mis qui exprime l’ENSEIGNEMENT COMMUN des théologiens qui ont étudié cette
question !...
LES
INFLUENCES DIABOLIQUES
Dans l’action du démon, il faut distinguer une façon ORDINAIRE et une autre
EXTRAORDINAIRE. La première façon consiste pour le démon à pousser les hommes
au péché par les tentations ; quant à la seconde façon, elle peut se traduire
par les formes suivantes : 1) L’OBSESSION, qui est une suite de
tentations plus violentes et plus prolongées que les tentations ordinaires. 2)
La POSSESSION, où
le démon agit réellement dans le corps du patient, au lieu de faire sentir son
action seulement du dehors comme dans l’obsession. 3} La VEXATION, par laquelle le
démon peut causer des troubles dans la santé, les biens matériels, les
affections humaines, le travail, etc. 4) Les INFESTATIONS, qui peuvent atteindre différents
objets, des maisons, des animaux. 5) Les SOUFFRANCES externes, coups et sévices, que l’on
retrouve dans la vie des saints ou personnes ferventes. 6) L’état de DÉPENDANCE du démon, dont
la cause est un pacte avec lui.
Avant que la possession ne soit discernée, le démon provoque souvent des troubles
physiques et psychiques, pour lesquels les traitements et les médicaments
s’avèrent le plus souvent inefficaces. Parmi les maux physiques, on constate
que ce sont surtout la tête et l’estomac qui en sont le plus affectés.
Parmi les influences diaboliques SECONDAIRES, on peut mentionner plusieurs anomalies psychiques,
comme l’imperméabilité à l’égard des valeurs divines, l’aversion du sacré, le
doute religieux, l’incapacité d’éprouver une vraie contrition du péché,
l’impossibilité de se concentrer pour la prière et pour la lecture de
l’Écriture Sainte, l’angoisse, l’irritabilité, l’agressivité, le blasphème,
l’alcoolisme, l’immoralité, la kleptomanie, le tabagisme, la toxicomanie, etc.
Devant cette diversité des influences diaboliques, que peut bien faire le
psychologue ?...
Dans notre monde permissif, plusieurs deviennent sous l’influence du démon,
sans trop s’en apercevoir, en faisant des expériences du côté de la magie, de
la sorcellerie, de l’occultisme, du spiritisme, des religions orientales, en
ignorant les dangers qu’ils encourent. Par ailleurs, certains peuvent nuire à
autrui par l’intervention du démon au moyen de la magie noire, des
malédictions, du mauvais œil et des sorts.
LA
CERTITUDE DE LA POSSESSION
Le communiqué de l’Agence France-Presse, dont il a été fait mention
précédemment, indique que, selon le nouveau Rituel « l’exorciste ne doit
jamais procéder à un exorcisme sans avoir la ‘certitude morale’ de se trouver réellement face au
démon » !... Voilà une exigence qui est théologiquement plus que
discutable !...
Il faut rappeler d’abord que les signes caractéristiques d’une possession diabolique ne se
manifestent pas constamment ; au contraire, ils apparaissent presque toujours
pendant ou vers la fin d’un exorcisme. Sauf dans les cas les plus graves, le
sujet possédé peut continuer à vaquer à son travail, à poursuivre des études,
d’une manière apparemment
normale, étant en réalité le seul à connaître les efforts que cela lui
demande. Lorsqu’il ne se trouve pas en présence d’une influence religieuse, le
possédé n’attire habituellement pas l’attention ; au contraire, il peut être
aimable et discret !...
Le discernement est souvent difficile et conjectural et c'est l’exorcisme
lui-même qui permet de diagnostiquer la possession. Les trois principaux
symptômes de la possession, c'est-à-dire une force surhumaine, le parler en
langues inconnues et la connaissance de choses cachées, ne se manifestent
jamais avant l’exorcisme et toujours pendant celui-ci. C'est au cours de l’exorcisme que l’exorciste
discerne graduellement la gravité du mal, qu’il constate s’il s’agit d’une
possession, d’une obsession, d’une vexation, et si le mal est profondément
enraciné.
Il convient de remarquer que le nouveau Code de droit canonique n’exige plus la
certitude de la présence du démon pour prononcer un exorcisme (can. 1172),
comme le faisait l’ancien Code (can. 1151).
D’ailleurs, pourquoi prendre tant de « précautions » pour éviter de nuire au démon,
alors qu’il est la cause, plus ou moins lointaine, de tout le mal qu’il y a
chez les hommes et sur la terre ?... De plus, selon le témoignage de nombreux
exorcistes, jamais un exorcisme, qui n’était pas nécessaire, n’a causé le
moindre dommage ; par contre, ils ont parfois eu à regretter de l’avoir omis !...
A ce sujet, on peut admirer la « sagesse » du père Francescau Palau, béatifié par le pape Jean-Paul II, le 25
avril 1988 !... Il accueillait les malades mentaux et il les exorcisait TOUS :
alors, ceux qui étaient malades restaient malades, tandis que les possédés
étaient libérés !...
LE
RECOURS AUX PSYCHOLOGUES
La mentalité qui prévaut généralement dans l’Église et notamment chez les membres
de la hiérarchie, c'est de consulter les psychologues pour détecter une
éventuelle possession diabolique. Cependant il faut affirmer que les
psychologues, de quelque discipline qu’ils soient, n’ont habituellement pas la
capacité et les aptitudes requises pour faire un tel discernement, d’autant
plus qu’il existe une variété de possessions diaboliques, qui comportent des
différences appréciables, quant à leur gravité et à leurs symptômes.
On ignore presque toujours qu’il y a des NÉVROSES-MALADIES
et des NÉVROSES-DÉMONIAQUES. On attribuera
parfois à un dédoublement de la personnalité ce qui ne sera, en fait, que l’intervention
d’un esprit déchu. Il faut savoir aussi qu’une vraie possession diabolique est accompagnée presque toujours de
troubles mentaux et nerveux, qui sont produits et amplifiés par le démon
et dont les manifestations et symptômes sont pratiquement et médicalement identiques
à ceux que produisent les névroses. Les psychologues sont habituellement
incapables d’établir un discernement entre une NÉVROSE-MALADIE
et une NÉVROSE-DÉMONIAQUE ! ...
Léon Bloy n’était peut-être pas très loin de la vérité, lorsqu’il écrivait :
« Si des prêtres ont perdu la foi au point de ne plus croire à leur privilège d’exorcistes
et de n’en plus faire usage, c'est un malheur horrible et une prévarication
atroce, par laquelle sont irrémédiablement livrées aux pires ennemis les
prétendues hystériques dont regorgent nos hôpitaux » !... Mais pour être
plus conforme à la vérité, ne faudrait-il pas blâmer beaucoup moins les prêtres
que les autorités romaines, qui interdisent presque tous les exorcismes ?...
NOMBREUX
SONT LES DÉMONOPATHES
Les exorcismes sont nécessaires pour les cas de possession véritable ;
cependant, en pratique, les exorcistes sont sollicités et ils peuvent
intervenir pour tous les cas d’influence diabolique. La différence entre la
possession et les autres influences diaboliques n’est pas toujours très nette ;
néanmoins, chez les « clients » des exorcistes, il y a un point
commun : ce sont des gens qui subissent des épreuves ou des souffrances
inexpliquées, qu’elles soient physiques, psychiques, spirituelles ou
matérielles. Comme le fait toute personne en difficulté, on cherche un peu
partout des solutions à ses problèmes !...
Plusieurs membres du clergé croient que les influences diaboliques sont plutôt
rares et surtout les réelles possessions. Certains exorcistes officiels se
croient même sans emploi ! Néanmoins, de nombreux cas d’influence diabolique,
qui se rencontrent à des degrés divers de gravité, échappent souvent à
l’attention de ceux-là mêmes qui devraient exercer un ministère de libération
ou d’exorcisme. Les démonopathes sont très nombreux, mais très
souvent ils ne peuvent trouver un exorciste, qui puisse leur venir en aide !...
Il ne faut pas oublier que la tactique habituelle du démon est de se cacher.
Quelques cas spectaculaires de possession ont peu d’intérêt pour ses fins ; il
lui faut des milliers de cas d’obsession !... Et c'est là qu’un exorcisme privé
peut libérer, parfois d’une façon instantanée, une âme assiégée. Or, la prière d’exorcisme
publiée par ordre du pape Léon XIII peut être utilisée « dans les cas où
l’on peut supposer une action du démon, se manifestant soit par la méchanceté
des hommes, soit par des tentations, des maladies, des intempéries, des
calamités de toutes sortes », selon les indications fournies au bas de
cette prière. L’interdiction de cette prière est certainement abusive et
invalide, et tous ont le droit et parfois même le devoir d’en faire usage !...
CONCLUSION
Il faut espérer que les erreurs indiquées dans la présente intervention seront
corrigées par les autorités compétentes !... Ainsi, tous les fidèles
reprendront un droit absolument strict de lutter contre le démon par le moyen
spécifique que le Christ a conféré à tous les CROYANTS, c'est-à-dire
l’exorcisme ! ... Voilà d’ailleurs ce qui ressort clairement, pour tout esprit
capable d’objectivité, de l’Évangile (Marc 16.17), de la pratique de l’Église
primitive décrite par les Pères de l’Église, de l’enseignement UNANIME des
théologiens qui ont étudié ce problème !...
Le 20
avril 1999. (Texte revu et corrigé en 2006 par l’auteur du site)
Publication
et photocopies autorisées.
Un
théologien