Ce que le pardon n’est pas

 

Voyons tout d’abord ce que le pardon n’est pas. On le confond fréquemment avec d’autres concepts, ce qui empêche parfois de comprendre et d’utiliser pleinement le processus réel.

Le pardon n’est pas juste. Certains éprouvent de vraies difficultés à accepter cela, surtout s’il y a en eux une tendance obsessionnelle. De telles personnes aspirent à vivre dans un monde d’ordre, de ponctualité, de propreté, de sécurité et surtout de justice. Mais c’est une illusion. Il n’est nulle part – même dans l’Ecriture – suggéré que la justice soit de ce monde. Une des composantes essentielles d’une attitude de pardon est la reconnaissance que l’injustice fait partie intégrante de notre réalité.

Le pardon n’est pas l’apaisement, ni la soumission. En avoir conscience est d’une importance particulière pour les personnes qui « pardonnent » sous l’empire de l’insécurité, ou par crainte de ne pouvoir s’entendre avec un conjoint violent ou un patron alcoolique.

Pardonner n’est pas nécessairement gracier. Gracier, c’est excuser une offense sans la punir. L’accent est mis sur l’absence de punition. Il existe certainement des occasions où le pardon comprend ce genre de grâce, mais ce n’est souvent pas le cas. Les parents, par exemple, doivent faire preuve d’une attitude de pardon envers leurs enfants (dénuée de ressentiment ou d’amertume) mais ils ne doivent pas les gracier (leur éviter les conséquences des fautes commises). On peut pardonner à un enfant d’avoir mis le salon sens dessus dessous et exiger qu’il ou elle range tout ce désordre.

Le pardon ne passe pas obligatoirement par la réconciliation. L’idée que le pardon nécessite la réconciliation est peut-être la notion erronée la plus importante et la plus largement répandue. Il arrive que le pardon passe par la réconciliation, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Dans le cas de Joseph ou dans la parabole du fils prodigue, la réconciliation est l’apogée de l’histoire. Pourtant, il est fréquent qu’elle ne soit pas possible, ni même souhaitable. Dans bien des cas d’abus sexuels perpétrés sur des enfants, par exemple, le coupable refusera d’admettre avoir fait si tragiquement du mal à quelqu’un. Le pardon et la guérison, en de tels cas, impliquent souvent de se dégager : s’en aller, partir à l’université, trouver un nouvel emploi. Il est souvent nécessaire que la victime ne soit plus à proximité de l’auteur de ces violences. En de tels cas, la réconciliation est impossible car le coupable refuse d’admettre avoir mal agi et, même en cas de confession, rester physiquement proche n’est pas recommandé. La réconciliation est comme le sucre glace sur le gâteau du pardon – superbe si on peut en prendre, mais pas toujours recommandé, ni profitable.

Le pardon est un recadrage

Pardonner, c’est se dégager de la honte, de l’embarras, du ridicule et de l’humiliation de vos échecs passés. Cela implique de vivre dans la lumière des potentiels actuels plutôt que dans l’ombre d’une douleur ancienne. Cela implique aussi de se dégager des fantasmes de représailles et de revanche nourris envers ceux qui vous ont fait du tort et canaliser l’énergie de cette colère évacuée dans de nouveaux projets menés en compagnie d’autres personnes.

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